10 août 2016 Annabelle BONNAUD

La bataille de l’innovation automobile

L’automobile a fait un long chemin depuis le premier véhicule délaissant les chevaux au profit d’un moteur. Plus de 200 ans plus tard, l’innovation prend de la vitesse avec des projets futuriste, devenant réalité. Voiture connectée, voiture autonome, voiture électrique… Il est de nouveau permis de rêver au volant. Mais à quel prix ?

Des entreprises de plus en plus innovantes

Ce n’est un secret pour personne, l’innovation coûte cher. Certains constructeurs l’ont bien compris. Chez Renault par exemple, le budget R&D équivaut à environ 7 à 8% du chiffre d’affaires. Ce qui n’est pas grand-chose comparé aux 8 milliards que Google dépensait il y a 2 ans, aux 10 milliards d’Intel ou encore au 13,5 milliards de Volkswagen. Le constructeur allemand devançait alors des géants du high-tech comme Apple ou Samsung, le leader coréen. C’était il y a deux ans et la marque germanique enregistrait une croissance remarquable de 18,9%. Un succès lui donnant les moyens d’investir dans l’innovation. Mais c’était il y a deux ans….
Le secteur automobile, avec la santé et l’informatique, reste l’un des domaines à plus fortes valeurs ajoutées. Rien de surprenant donc à ce que Google ou Tesla investissent des sommes astronomiques dans la recherche et l’innovation automobile.

L’argent, un combustible hautement volatile

Comment expliquer alors qu’en annonçant une nouvelle année de perte, Elon Musk, grand patron/gourou de Tesla, réussit encore et toujours à s’attirer les faveurs de la Bourse ? Comment ces entreprises font-elles pour survivre en se contentant d’innover et de perdre de l’argent ? Doivent-elles leurs survies à leurs leaders charismatiques ? Aussi étrange que cela puisse sembler, c’est pourtant le cas. Du moins, en partie. À titre d’exemple, souvenez-vous de ce fameux tweet posté en avril 2015, par Elon Musk annonçant qu’il dévoilerait une « surprise ». Après ce simple tweet, l’action de Tesla connut un engouement planétaire permettant à la société d’être valorisée à un milliard de dollars.
Ce n’est pas un hasard si, tout en perdant des millions de dollars par trimestre, Tesla a du même coup augmenté son chiffre d’affaires de 27% comptabilisant en tout, 4 milliards de dollars pour l’année 2015.
Une petite piqure de rappel économique s’impose. Si les nouvelles entreprises comme Airbnb, Uber ou Tesla affichent des valorisations en bourse dépassant le milliard, c’est uniquement grâce à l’actualisation de la rentabilité future. Un principe d’investissement basé sur un taux de croissance élevé et l’espoir de profits à venir, une fois l’entreprise arrivée à maturité. Si la croissance s’éloigne en même temps que les profits futurs disparaissent, la valorisation s’effondre. Au contraire, si l’entreprise montre des signes de croissance solides, sa valorisation s’envole. Peu importe finalement que l’entreprise soit déficitaire ou non. Tesla, comme Uber d’ailleurs, a ainsi tout intérêt à montrer des signes de vitalité en investissant d’importantes sommes dans l’innovation. C’est la raison d’exister de projets comme Uber Pool, Uber Rush ou Uber Garage…
Même chose avec les moteurs à induction triphasée pour la puissance d’accélération de Tesla, son logiciel de contrôle et gestion du véhicule, sa connexion Wifi pour le contrôle à distance et ses stations de recharge rapides baptisées « superchargers »… La liste s’allonge à mesure que la société collabore avec d’autres.
Résultats ? Une capacité à développer un modèle d’automobile en 2 ans avec 650 millions de dollars qui dépasse nettement l’industrie automobile classique mettant entre 3 et 5 ans en déboursant entre 1 et 1.5 milliards. Soit deux fois plus efficace en moyenne.

bourse

Machiavel à la Silicon Valley

Pour autant, la méthode Musk n’est pas uniquement basée sur une quête de l’innovation ni sur les spéculations boursières. La réalité est bien plus simple que ça. Et plus pragmatique. En effet, en incluant dans son business model un principe d’arrhes, Tesla s’acquiert une trésorerie lui permettant de ne pas être uniquement dépendant de la Bourse. Un principe plutôt courant dans l’automobile de luxe finalement. Les voitures n’étant pas produites en série, il faut sécuriser la construction. Or, à 35 000$, le modèle n’entre pas vraiment dans la catégorie de luxe. Mais le principe reste et les zéros aussi.
Une manne financière qui lui permet de continuer à investir dans la recherche et le développement en rachetant notamment des entreprises capables de lui fournir un savoir-faire particulier. C’est le cas récemment de Solar City acquis pour 2.8 milliards de dollars et qui permet à Musk de s’offrir le spécialiste des panneaux solaires domestiques. Une manœuvre qui place la société à la pointe des énergies renouvelables et donc d’un autre marché à la fois lucratif et directement lié à son cœur de métier : la voiture électrique.

L’exemple de Tesla, loin d’être isolé est suffisamment explicite pour expliquer la manière dont ces firmes réussissent à progresser tout en perdant de l’argent. Investir dans l’innovation plutôt que de faire comme les autres. C’est là toute la beauté des grands défis industriels : une prise de risque colossal pour au final, changer la face du monde ou s’écrouler comme un château de cartes.

 

 

Rafael Panza

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