29 janvier 2016 Annabelle BONNAUD

L’empreinte écologique de la voiture electrique : un bilan à nuancer

La voiture électrique fait couler de l’encre depuis déjà quelques années. A l’heure où le développement durable gagne de l’importance dans les mentalités, la voiture électrique semble être la solution adéquate que tout le monde attendait. Et ce d’autant plus après le scandale Volkswagen de septembre dernier.

En effet, depuis cet incident, un spectre plane sur l’industrie automobile et ce dernier est représenté par la perte de confiance des consommateurs quant aux grands noms de l’industrie automobile, ceux-ci étant réduits à tricher pour atteindre les exigences européennes en matière d’écologie.

Dans un tel contexte, la seule pensée d’une voiture innovante qui pourrait à la fois mettre fin aux scandales et répondre aux nouvelles attentes des clients recueille la majorité des voix. C’est sûrement pour cette raison que Tesla Motors, Autolib’, Nissan Leaf sont des noms dont tout le monde aujourd’hui a entendu parler. Depuis quelques semaines, des rumeurs circulent même sur Internet comme quoi Apple, la multinationale des smartphones et des ordinateurs de luxe pourraient s’attaquer aux voitures électrique d’ici quelques années !

Pourtant, la conjoncture actuelle du secteur automobile est-elle vraiment positive ? La voiture électrique, même s’il est probable qu’elle devienne un moyen plus écologique de se déplacer dans les années à venir, semble surtout être à l’heure actuelle le réceptacle des tensions d’une société qui craint le réchauffement climatique et d’entreprises en ballottage qui cherchent le bon créneau.

voiture electrique branchée

Les avantages non négligeables de la voiture electrique 

Si vous avez l’occasion de discuter avec un conducteur de voiture électrique, vous serez agréablement surpris, en quelques minutes ce dernier vous aura largement convaincu d’échanger votre ancien véhicule pour un modèle électrique. Pourquoi ? En termes de confort cela semble être un must-have, très peu de bruit, une puissance notable au démarrage même sur des modèles classiques, une bonne réactivité ; tout le nécessaire pour supporter les bouchons avec sérénité.

Plus intéressant encore, lorsqu’elle circule, une voiture 100% électrique rejette 0% de CO2 dans l’air et par conséquent ne pollue pas à l’usage ce qui n’est pas le cas de ses collègues diesel et essence.

Les économies aussi sont importantes, l’électricité coûtant moins chère que le pétrole. Sur le long terme, une voiture électrique permet de réaliser des économies remarquables sur vos factures de carburant. Mais encore faut-il faire des kilomètres.

En effet, et c’est là où nous cherchons à en venir depuis le début de l’article. La voiture électrique n’est pas aussi vertueuse qu’elle n’y paraît, et plus précisément d’un point de vue écologique.

 

Un idéal à nuancer

Pour commencer, le coût : les économies dépendent de l’utilisation que vous avez de votre véhicule, mais il est évident que l’écart de prix entre l’électricité et le gazole ne permettent pas à la plupart des conducteurs de compenser le surcoût d’un véhicule électrique à l’achat.

Le plus choquant peut-être ce n’est pas le coût mais la pollution. Seriez-vous étonné si je vous disais qu’un véhicule électrique peut polluer plus qu’un modèle essence ou diesel ? Et pourtant cela peut être le cas, comme le montre les conclusions d’une étude l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe)¹.

Certes les voitures électriques ne polluent pas lorsqu’elles circulent, mais leur empreinte écologique ne doit pas se mesurer qu’à cela. Pour réellement comprendre l’impact écologique d’un modèle il faut raisonner du « puit à la roue » selon l’expression anglaise, c’est-à-dire en prenant en compte non pas seulement les émissions de carbone lors de l’usage du véhicule mais bien aussi le processus de fabrication, les matériaux utilisés ainsi que la provenance de l’électricité consommée pour rouler.

lithium

1. Le processus de fabrication

De même que pour tous les autres modèles, essence, diesel ou thermiques, l’empreinte écologique des véhicules électriques n’est mesurée que par leur émission de CO2 durant leur utilisation alors qu’elle devrait aussi comprendre leur processus de production, qui lui aussi émet des gaz à effet de serre.

Les modèles électriques sont donc faussement considérés comme plus écologiques parce que leur usage n’implique pas de pollution directe. C’est une omission dont l’origine vient des pouvoirs politiques selon Michaël Thémans, titulaire d’une thèse de doctorat dans la modélisation des transports de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Pour lui on ne peut donc pas reprocher aux industriels « d’optimiser leur stratégie commerciale et marketing en fonction des règles du jeu. »

La fabrication des batteries, par exemple, est tellement émettrice de CO2 qu’il faudrait avoir parcouru de 50 000 à 100 000 km en voiture électrique pour commencer à être moins producteur de CO2 qu’une voiture thermique. Soit 15 à 30 km par jour, 365 jours par an, pendant 10 ans !²

 

2. Les matériaux utilisés

Il se trouve, en plus, qu’un des matériaux essentiels à la conception d’une voiture électrique est le lithium, métal que l’on retrouve dans les batteries parce qu’il est très léger et qu’il convertit remarquablement bien l’énergie chimique en énergie électrique. Le lithium est pourtant une ressource périssable, très peu recyclée (95% des batteries usagées finissent dans des décharges) et dont l’extraction dans les pays qui la possède ne s’effectue pas dans les meilleures conditions possibles.

Le processus d’extraction du lithium utilise de l’eau, ressource déjà rare dans les régions andines (La Bolivie, Le Chili et l’Argentine représentants à eux trois environ 75% de la production mondiale), où l’on trouve le fameux métal, et pollue ce qu’il en reste au cours du pompage, laissant ainsi les populations voisines vivants d’agriculture et d’élevage dans des conditions précaires.

usine électricité nucléaire

3. La provenance de l’électricité

Ce n’est pas tout, car la plupart des modèles électriques aujourd’hui en circulation fonctionne à partir de l’énergie nucléaire, qui rappelons-le représente près de 80% de la production électrique française. Et quand ce n’est pas à partir de l’électricité produite par le charbon,très émetteur de CO2, comme en Chine ou en Allemagne…

Comme le disait Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du Nucléaire lors d’une interview :

« Il y a une folie furieuse autour de la voiture électrique. Certes la voiture électrique ne pollue pas quand elle circule, mais elle pollue avant et après, et surtout elle délocalise la pollution autour des mines d’uranium et de lithium, des centrales nucléaires, des sites de stockage de déchets radioactifs. »

Autrement dit, la voiture électrique est loin d’atteindre ses objectifs quant au respect de l’environnement, même si cela semble compliqué : tous les constructeurs s’attendent à une explosion des demandes de véhicule électrique d’ici 2020. Sera-t-il possible d’ici là de trouver les moyens de couvrir ces besoins par des énergies propres ?

Nous ne pouvons que l’espérer et saluer au passage certaines initiatives tendant vers ce but : les conducteurs de véhicules électriques Nissan peuvent bénéficier s’ils le souhaitent d’un abonnement à la Compagnie Nationale du Rhône dans le but d’utiliser de l’électricité produite par des sources d’énergie complètement renouvelables (hydraulique, éolien, solaire).

 

 

Florent Guilbaud

 

À lire aussi :
Le coût ecologique de la vidange
Plus on est vieux, plus on pollue ?
5 raisons pour lesquelles nitiFilter est plus écologique que votre filtre à huile traditionnel

 

¹ Etude de l’ADEME sur l’Elaboration selon les principes des ACV des bilans énergétiques, des émissions de gaz à effet de serre et des autres impacts environnementaux induits par l’ensemble des filières de véhicules électriques et de véhicules thermiques à l’horizon 2012 et 2020, novembre 2013

² http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/23/emissions-de-co2-l-impasse-de-la-voiture-electrique_4795636_3234.html#cDo9AT3Gy6AMSgzE.99

Tagged: , , , , , , ,
1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles (1 votes, average: 5,00 out of 5)
Loading...

voir / ajouter un commentaire

Articles les plus lus

Comments (7)

  1. C’est vrai qu’on réfléchi pas souvent de cette manière… Mais pour faire 100.000km… la plupart des gens les font en 5ans et non en 10 😉

    La voiture électrique n’est pas seulement une alternative « propre » (ou pas d’ailleurs) c’est aussi une alternative aux énergies fossiles dont les grandes puissances ne veulent plus être dépendantes.

    Acheter du pétrole aux puissances du Golfe et en faire des super-puissance n’a pas l’air de ravir nos gouvernements…

    Une histoire politique donc, plus qu’écologique.

    • nicolas

      En fait pour les km parcourus par an, sachez que les dernières statistiques (INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF13629 ) indiquent un parcours moyen de 8 000km par an ( essence ) , et 15 000km par an ( diesel ). Les statistiques de l’argus sont un peu plus généreuses ( respectivement 12 000 et 18 000 ) mais en moyenne donc 100 000km en dix ans est loin d’être une comparaison inadaptée, d’autant plus qu’à l’heure actuelle, vu l’autonomie des véhicules électriques, les grands trajets sont à oublier.

  2. VIENNET

    Je suis scandalisée au plus au point que l’on fasse si peu de cas du sort de toutes les populations, dont le quotidien est déjà très précaire, dans ces pays d’Amérique du sud d’où est issu le lithium. Ce sont des êtres humains, les ressources en eau et les sols qui vont être condamnés par l’illusion entretenue autour des véhicules électriques. Je refuse d’être un fossoyeur d’une partie de l’humanité.

    • AvocatDuDiable

      C’est bien beau tout ça, mais ce serait bien comparer les choses comme il le faut.
      Une voiture à moteur thermique pollue quand elle circule, mais aussi avant et après.
      Quel est impact environnemental de la production d’une voiture et de son recyclage en fin de vie.
      Quand est-t’il de l’impact environnemental de la production d’essence et de diesel : Extraction (comme celle des sables bitumineux par exemple), Raffinage, Transport (avec une petite pollution de temps en temps),…
      Donc quand on fait une étude scientifique, on se doit d’être partial et objectif …

      • LEBBE

        Il ‘y pas de secret dans cette affaire. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
        Il n’y a pas de bon ni de mauvais calcul, quand on fait le bilan, le résultat est strictement le même, sauf, qu’en passant nous avons détruit des terres et des hommes.
        Nous n’avons rien inventé, regardez plutôt ce que nos anciens ont fait et pourquoi ils l’on fait ou ils ne l’ont pas fait, et nous aurons beaucoup de réponses à nos interrogations plutôt que de prendre des initiatives malheureuses.
        Et si on limitait tout simplement nos besoins ?

      • Gaétan

        Tu as bien raison! De plus, j’imagine que des recherches vont se poursuivent dans le but de trouver autre chose que le Lithium…la technologie semble évoluer très vite d’après moi! Exemple, j’avais déjà remarquer une Cie qui pouvait produire de l’électricité à l’aide  »d’eau salée »!!! «Quant»! J’ignore la suite de sa «E sport limousine»…! Possiblement une question d’argent!!!

  3. Dude

    Apparemment si nous prenons en compte la fabrication, l’utilisation et la destruction, la voiture électrique pollue tout autant qu’une voiture « classique ».
    Il se pourrait bien qu’il en soit de même pour les éoliennes, quand on sait qu’il faut des milliers de tonnes de béton et d’acier et de métaux rares.
    Tout ça fait tourner l’économie.
    Tant que nous serons dans le toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin on ne s’en sortira pas.
    Limiter nos besoins serait effectivement une solution simple mais inenvisageable par nos politiques.
    Et la surpopulation dans tout ça !!! Personne n’en parle !! Pourquoi ??

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *