14 octobre 2016 Annabelle BONNAUD

Voiture électrique : la nouvelle Renault Zoé va-t-elle changer la donne ?

Voiture électrique la plus vendue en France, fer de lance d’un constructeur en quête d’image de marque, la Renault Zoé est, depuis 2011 et ses 100 000 modèles vendus, la tête de proue de l’automobile électrique française. Avec 27% du marché européen (dont 23% sont incarnés par Zoé), le leader compte conserver sa place en présentant au Mondial de l’Automobile la dernière version de Zoé : Zoé Z.E 40. Quelles sont les promesses de ce véhicule nouvelle génération et que vaut-elle concrètement parmi la jungle de ses consoeurs électriques ?

Une charge doublée

Jusqu’alors, la Renault Zoé avait une autonomie qui dépassait à peine les 200 km, pour un usage réel oscillant entre 140 et 150 km. La densité énergétique de la batterie se limitait, elle, à 22kWh. Aujourd’hui, tout a doublé. Avec son nouveau moteur baptisé « Q90 », la charge de cette voiture française électrique monte à 41kWh permettant d’atteindre une autonomie de 400 km, environ 300 en usage réel. Un coup de boost qui a vu le jour grâce au partenariat noué entre la marque au losange et LG, le géant coréen de l’électronique.
Bien sûr, c’est une avancée qui n’a rien de gratuit : propriétaire d’une Zoé, la mise à jour vous coûtera en moyenne 3 500€, tandis que l’achat d’une Zoé Z.E 40 s’élève à 23 600€. Le constructeur rappelle tout de même que vous pourrez compter sur un bonus de 6 000 à 10 000€ si vous êtes propriétaire d’un véhicule diesel de plus de 10 ans.
Avec cette sortie, ainsi que celle de son concept-car Trezor présenté au cours du dernier Salon de l’Auto, Renault affiche clairement sa volonté de marquer les esprits et le marché.

voiture electrique branchée

Une voiture qui évolue avec son temps…

Sur le plan technique, l’amélioration n’est pas seulement notable au niveau de la charge, mais aussi dans son usage. En effet, sur la version précédente équipée du chargeur Caméléon se chargeait en moins de 10 heures. La Zoé ZE 40 n’a besoin que de 30 minutes pour récupérer 120 km d’autonomie.
Outre cette amélioration quant à l’autonomie, le principe d’achat de la Zoe ne change pas. Il est simplifié. Pour 7500 km/an, comptez 830€ par an et 1 430€ pour un kilométrage illimité sans engagement. Une simplification du principe d’achat qui va de pair avec les offres promotionnelles proposées par le constructeur. Les fondamentaux restent inchangés. Contrairement à d’autres pays européens (Pays-Bas et Norvège en tête) où la batterie s’achète avec la voiture, en France, vous devez louer la batterie. Votre voiture ne vous appartient jamais entièrement.
Reste à savoir si le fait de dépasser la barre des 400 km d’autonomie aura un impact sur la psychologie des usagers. Avec l’Opel Ampera qui affiche 500 km NEDC (Nouveau Cycle Européen de Conduite), les annonces de Volkswagen, de Mercedes-Benz et le fameux « Model 3 » de Tesla, la voiture électrique a franchi un cap majeur. À quoi faut-il s’attendre désormais ?

… dans un marché au point mort

Ces 400 km d’autonomie ne sont pas seulement le signe d’une amélioration technologique. Ils montrent combien ce marché évolue indépendamment des usages, des infrastructures et des moyens des consommateurs. En un an, le modèle de Renault a doublé sa capacité d’autonomie. Qui sait ce qu’il en sera dans 3 ou 4 ans ? Avec un coût toujours plus important, à l’image de la Citroën C-Zéro à partir de 27 000€ ou de la Peugeot Ion à partir de 23 350€ (bonus écologique et remise constructeur mis à part), il y a de quoi frémir. Le prix de vente moyen payé en France monte tout juste à 22 100€ par une cible d’une moyenne d’âge oscillant entre 55 ans et 60 ans.
Il y a donc de quoi demeurer sceptique quant à la démocratisation de la voiture électrique comme solution écologique. C’est une solution coûteuse, peu rentable à la revente et qui demeure limitée, à l’image des 1% que représentent les ventes de voitures électriques en France. Les voitures hybrides représentent elles, 3,2% des immatriculations.
Beaucoup de chemin reste à parcourir pour que la motorisation électrique devienne la norme sur nos routes. Sans compter qu’en augmentant la charge énergétique, on augmente le temps et le besoin en ampères colossaux. Des ampères d’ores et déjà présents sur les grands axes, mais de manière clairement insuffisante. En effet, en additionnant les installations publiques et privées (supermarché, station essence, Ikea, superchargers Tesla…), on atteint seulement les 13 000 bornes électriques pour voiture sur tout le territoire¹. C’est dérisoire. À titre d’exemple, l’Europe compte 24 180 bornes CCS (standard de charge rapide) sur l’ensemble de son territoire. Le Royaume-Uni en compte 580, la France en compte 223 et la Suède 186.

usine électricité nucléaire

La voiture du futur : électrique, mais pas complètement écologique

On l’aura compris, un moteur électrique ne vous permettra pas vraiment d’avaler les kilomètres. Son usage est plutôt destiné aux courts trajets, entre le domicile et le travail par exemple. Qu’à cela ne tienne. Néanmoins, l’argument selon lequel un véhicule électrique serait un modèle écologiquement parlant commence à s’effriter. Prenons un exemple : pour générer l’électricité qui servira à les recharger, ces voitures ont besoin de beaucoup d’électricité issue en grande partie de ressources nucléaires. Et qu’en est-il du lithium et de l’uranium contenu dans les batteries ? Leur procédé d’extraction est loin d’être écologique. Sans parler du récent scandale relayé par Amnesty International autour des mines de cobalt en Rébuplique Démocratique du Congo où se tuent à la tâche des enfants pour fournir entre autres… LG.
Il est indéniable qu’en ne dégageant aucun CO2 à la conduite, les véhicules électriques ont un effet positif sur l’environnement. Sur toutes leur durée de vie, ces véhicules vont émettre environ 9 tonnes de CO2. Un modèle diesel en dégagera 22. Pour autant, l’extraction des matériaux nécessaires à la fabrication des batteries n’a rien d’anodin. Pollution des nappes phréatiques, raréfaction des zones marécageuses où est extrait le métal, le lithium pourrait bien devenir le nouveau désastre écologique de demain.

La voiture électrique déplace la pollution, mais elle ne l’efface pas, contrairement à ce que la communication et les politiques pourraient laisser penser.

Bien qu’en constante évolution, à l’image de la Renault Zoé qui a doublé son autonomie en l’espace d’un an, la voiture électrique peine encore un peu à répondre aux attentes qu’elle suscite. Autonomie très variable, rareté du réseau de chargeurs, questionnements quant à son coût écologique et éthique réel, et prix prohibitif restent des freins à adapter une solution qui va pourtant dans le bon sens.

 

Rafael Panza

 

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