28 décembre 2015 Vincent TRINQUAT

La course à l’innovation : Tesla, l’exemple à suivre ?

Tout va très vite, trop vite. Il est difficile de suivre les innovations technologiques. Pour preuve, la course que livrent les constructeurs automobiles à Google pour mettre sur le marché la première voiture autonome. Certaines d’entre elles circulent déjà à l’essai sur les routes californiennes. La voiture autonome symbolise à elle seule l’innovation. Autre symbole toujours dans le secteur de la mobilité : Tesla Motors, et à sa tête l’emblématique Elon Musk.

L’innovation à la française

35 entreprises françaises au minimum, le plus souvent des PME, travaillent sur la voiture autonome. Il s’agit des constructeurs et des équipementiers naturellement, mais aussi des bureaux d’études spécialisés en algorithmes embarqués ou en géolocalisation. On peut citer Global Sensing Technologies (système embarquée d’intelligence artificielle), Néavia qui détecte les risques sur les réseaux de transports ou encore Navya Technologie. Cette dernière, dont le siège se situe à Villeurbanne, a conçu Navya Arma. Il s’agit de la première navette entièrement autonome qui n’attend que l’autorisation de circuler pour effectuer ses premiers trajets. Ces exemples autour du véhicule autonome peuvent être dupliqués à tous les secteurs innovants : l’automobile, la pharmaceutique, l’informatique ou encore l’énergie. C’est dans cette catégorie que se place Xtreme Filtration Performance. Fondée en 2007, cette société a fait le pari innovant et environnemental du filtre à huile permanent automobile qui permet de faire l’économie du filtre, de l’huile et de la vidange. Une innovation qui peut paraître moins « révolutionnaire » dans la pratique, mais qui induit en fait un impact immédiat et de taille.

Des entreprises comme Michelin (3ème mondial dans le secteur des pneumatiques)¹, Renault Nissan (4ème) et PSA (10ème) dans le secteur automobile, Axa (1er dans les assurances), L’Oréal (1er dans les cosmétiques) ou Schneider Electric (2ème) s’appuient essentiellement sur le tissu entrepreneurial français pour développer leur partie R&D en sous-traitant la partie innovation. C’est le cas d’Alstom et de Minerva. Cette PME de 200 salariés fabrique notamment les machines qui servent à valider les titres de transport dans les tramways. Minerva apporte son savoir-faire en électronique embarquée notamment pour des grands groupes du secteur de la défense ou de l’énergie. Minerva est aussi implanté au Brésil et en Inde. Scheider Electric, Total et Véolia font confiance à Advansolar, spécialiste de la mobilité électrique à énergie solaire. Ici, le phénomène est différent. Les multinationales sont les clients de la petite entreprise azuréenne, lui permettant de continuer à grandir, à travailler sur l’innovation et peut-être un jour devenir un grand groupe mondial leader dans l’énergie solaire.

En France, l’innovation passe par les start-up

Cette spécificité est-elle un handicap pour l’innovation en France ? A la lecture des différents classements, les entreprises américaines et allemandes sont largement plus nombreuses. En France, on dénombre près de 3 millions de PME. La part des entreprises de moins de 10 salariés est de 94,8%, contre 82,3% en Allemagne². Autre élément comparatif : le part des dépenses en recherche et développement par rapport au PIB. En 2013, la France investissait 2,2% de son PIB en R&D. C’est mieux que la Chine (2%) et le Royaume-Uni (1,6%) mais inférieur à l’Allemagne (2,9%), USA (2,8%,) Japon (3,5%), et Corée du Sud (4,1%)³.

Autre révélateur de ce championnat du monde de l’innovation : le cabinet Boston Consulting Group vient de dévoiler le classement attendu des 50 entreprises les plus innovantes en 2015 dans le monde. Axa (22ème) et Renault (33ème) sont les seuls représentants de l’Hexagone contre 8 pour l’Allemagne et 29 pour les USA. En 2015, ce classement est dominé par Apple qui devance Google et Tesla. Cette dernière, qui symbolise l‘innovation automobile, bouleverse le classement. La société californienne ne figure dans ce top 50 seulement depuis 2013 ! Elon Musk, l’emblématique patron de Tesla, également fondateur de Paypal et SpaceX qui ambitionne de coloniser Mars, a doublé ses investissements en recherche et développement pendant que Google ne les a augmentés de 24,3% et Apple de 35%.  A titre de comparaison, Renault les a réduites de 5,6%. Un autre classement, celui de Forbes dévoilé en début d’année, confirme l’hégémonie de Tesla qui domine le top 100.

 

Tesla, un nouveau modèle à suivre ?

Personne ne connaissait Tesla il y a 10 ans. Un homme incarne la société californienne : Elon Musk. Il vient de squatter les 20h à quelques jours de noël en réussissant pour la première fois à faire décoller une fusée Falcon 9 et à récupérer ensuite le premier étage de son lanceur, revenu atterrir en douceur sur Terre après 11 minutes de vol.  Elon Musk est un personnage hybride entre Henry Ford et Steve Jobs. Ce quadragénaire américain né en Afrique du Sud, milliardaire à la trentaine, a juste eu envie de se faire un petit plaisir. Certains veulent passer une soirée avec Zlatan Ibrahimovic, Elon Musk lui rêvait de rouler en voiture sportive électrique. La rencontre avec l’ingénieur Martin Eberhard fut décisive. Martin Eberhard travaillait sur une motorisation électrique grâce à une batterie en ion-lithium, celle-là même qui sert à recharger les téléphones ou les livres électroniques. Elon Musk apporte l’argent et Martin Eberhard son expertise. Tesla Motors se développe ainsi. Doucement au début, plus difficilement par la suite… En 2014, Tesla Motors ne commercialise que 40 000 véhicules contre près de 10 millions pour Toyota et Volkswagen. Mais la valeur de Tesla Motors est l’innovation technologique.  En bourse, Tesla vaut presque trois fois Fiat qui vend 10 fois plus de voitures !

Cependant, le phénomène est à mettre en perspective et l’ambition de Tesla a ses limites. Les concurrents restent nombreux sur le marché, certains comme Georges Hotz – hackeur en série – qui va jusqu’à défier Musk sur ses terres. Autre limite plus réelle : celle de la rentabilité. En effet, chaque Tesla coûte 4 000 dollars à son fabricant. De plus, même si les ventes progressent, elles sont loin de l’objectif initial. Débourser 60 000 euros pour une voiture n’est pas à la portée de tous les foyers, surtout en période de crise. Elon Musk diversifie alors Tesla en adaptant la technologie de ses batteries à l’usage domestique en proposant désormais PowerWall.

L’innovation doit aussi répondre à un besoin

D’autres limites viennent s’ajouter à celles-ci : le fait qu’une loi vienne tout juste d’être votée en Californie qui prévoit de règlementer l’usage des voitures autonomes en obligeant à avoir un conducteur derrière le volant par exemple.

voiture autonome

La France, même sans Tesla, ni pétrole, a des start-up innovantes !

Réduire les dépenses avec sa voiture, optimiser ses trajets, mutualiser la possession d’un véhicule : autant de besoins qui ont permis à des « Elon Musk Français » de lancer des concepts. Ils s’appellent Frédéric Mazzella (Blablacar), Paulin Dementhon (Drivy) et Ahmed Mhiri (TravelerCar), sans parler de Vincent Bolloré et d’Autolib’ si on sort de la sphère start-up. Dans le domaine de la mobilité, grâce à l’autopartage ou le covoiturage, ils participent à une innovation à la Française, tout en ayant une conscience écologique. Ils sont accompagnés dans leurs aventures par des grands groupes comme la SNCF ou Allianz. En se développant, en répondant à un besoin réel, ils emmènent dans leur sillage d’autres start-up qui créent des applications ou des outils technologiques pour améliorer l’expérience client de ses jeunes sociétés. Une réaction en chaîne innovante se crée. Les automobilistes en veulent plus : adapter leur conduite pour réduire l’impact sur l’environnement (Eiver), ne plus chercher éperdument des places de parking (Drop Don’t Park et Sygic). La frontière entre réussite et échec pour ces jeunes pousses est très fragile. Telle la course effrénée à la voiture autonome, on assiste à la course aux bonnes idées, puis celle aux investisseurs. On parle volontiers de tous les projets qui marchent mais il est moins bling bling d’évoquer ceux qui ne passent pas le cap des deux premières années. Les écoles de commerce font germer les graines de milliers d’entrepreneurs. Mais le plus dur commence : trouver le bon terrain, la bonne exposition, les bons fruits. Avec la mise en place de la French Tech notamment, l’innovation numérique a trouvé de bons engrais. On attend les premières récoltes…

L’innovation est l’affaire de tous : des entreprises qui se doivent d’innover pour être compétitives, des politiques mais aussi des consommateurs par leurs besoins, leurs modes de vie et aussi leurs porte-monnaie. Tout va certes très vite, mais au rythme de l’évolution de la société.

 

Sources :
¹ Classement des entreprises françaises par secteur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_mondial_des_entreprises_leader_par_secteur
² http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/7076803/4-17112015-AP-FR.pdf/bb10a40c-0426-4179-b3ad-0030bed41110
³ http://databank.worldbank.org/data/reports.aspx?source=2&series=SP.POP.SCIE.RD.P6,SP.POP.TECH.RD.P6,IP.JRN.ARTC.SC,GB.XPD.RSDV.GD.ZS,TX.VAL.TECH.CD,TX.VAL.TECH.MF.ZS,BX.GSR.ROYL.CD,BM.GSR.ROYL.CD,IP.PAT.RESD,IP.PAT.NRES,IP.TMK.TOTL ).

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